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LE DEVOIR D'UNIVERSALISME

« Combats maçonniques » de Philippe Foussier, lu par C. Kintzler
Le devoir d’universalisme
Par Catherine Kintzler, le 30 décembre 2018

Sous le titre Combats maçonniques (Paris : Conform Edition, 2018) Philippe Foussier, ancien Grand maître du Grand Orient de France1, publie un ensemble de réflexions qui intéresseront bien sûr les francs-maçons mais aussi tous les laïques et les républicains et tous ceux qui s’interrogent sur la pertinence et l’actualité de l’humanisme. Du moral vers le politique, de l’individu vers la cité, la série des propos rappelle qu’un engagement reste un affairement frappé d’extériorité s’il n’est guidé par un travail sur soi-même qui renvoie constamment à « l’inconfort de la pensée ».

Il n’est en effet pas nécessaire de « frapper à la porte du temple » pour militer, s’engager comme citoyen et soutenir les principes républicains. Que viennent donc faire les francs-maçons en loge, qui nourrit de manière spécifique leur engagement de citoyen ? « Ils sont présents dans les temples pour échapper temporairement à cette société » en se plaçant dans un cadre symbolique et méditatif « indispensable pour combattre leurs propres préjugés, leurs réflexes et leur postures ». Ce cadre n’est un secret pour personne : chacun peut visiter un temple – ce n’est du reste pas un espace sacré -, s’instruire dans des livres dont aucun n’échappe au dépôt légal ; le musée de la maçonnerie est public, etc. Mais l’auteur rappelle utilement que l’expérience de ce retrait s’effectue aussi par la temporalité : « la distinction entre temps maçonnique et temps profane connaît aujourd’hui une ampleur considérable » ; « le parcours maçonnique est une école de patience ».

À partir de cette position singulière qui induit, par son caractère de recherche et d’approfondissement pensif, une dimension universelle, le cercle de la réflexion s’élargit dès le second chapitre et donne sens, degré par degré, au pluriel des « combats » dont il est question tout au long de l’ouvrage. Cela s’entend d’abord au sens restreint : c’est l’occasion d’un retour sur la nature, l’histoire et l’action du GODF – retour qui se méfie des « légendes excessivement dorées ou noires ». Et si l’auteur se garde de taire les manquements, les turpitudes et même les trahisons dont le GODF fut le lieu et parfois l’agent, c’est pour mieux rappeler sous forme d’obligation l’origine, les principes fondamentaux, le passé lumineux et les combats (laïques, républicains, pour la justice sociale, la recherche scientifique, l’émancipation) dont l’obédience peut à juste titre s’enorgueillir.

Se dégage alors un devoir d’universalisme : tel est le vecteur qui oriente le combat maçonnique, cette fois pris dans sa dimension civile et civique générale. Enserrés dans la tenaille formée par le retour de l’extrême droite et du fanatisme religieux d’une part et de l’autre l’adoption de l’idéologie racialiste, sexiste et communautariste par une appréciable fraction de la « gauche » et de l’extrême-gauche, nous avons plus que jamais besoin d’une franc-maçonnerie de combat. Plus que jamais, le programme des Lumières est à l’ordre du jour non pas sous la forme d’une incantation mais bien sous celle d’une lutte. Et c’est parce que le combat maçonnique n’est pas à la remorque du politique ni logé en son sein comme une de ses composantes mais en amont de celui-ci, qu’il peut trouver sa lucidité et exercer sa vigueur. Le GODF ne vise ni à exercer le pouvoir, ni à le servir (pour cela d’autres appartenances sont plus opportunes et plus efficaces), mais d’abord à s’éclairer lui-même sur la nature et l’état de la société, sur ce qui pourrait la rendre plus juste : oui les armes se forgent en amont. La franc-maçonnerie n’a pas pour objet de ressembler au monde profane et elle doit s’efforcer de ne pas en être le reflet, sous peine de se réduire à un club puéril dont les membres « s’affublent de titres ronflants et arborent des décors plus ou moins chatoyants dans des lieux réputés secrets ».

L’ouverture des combats de la franc-maçonnerie vers la cité est embrayée par un chapitre sur le chevalier de Ramsay. Ce n’est pas un paradoxe : réfléchir sur les audaces d’un texte de 17382 conduit à prendre la mesure de celles qu’il faudrait promouvoir aujourd’hui pour en conserver l’esprit. Les réflexions substantielles se succèdent dès lors – sur la laïcité, la science, l’Europe, la lente déconstruction de la citoyenneté républicaine – , en s’appuyant sur un heureux entrecroisement entre passé et présent.

Ainsi le « sens de l’engagement » est tour à tour éclairé et illustré, référé à d’utiles sources autant qu’orienté vers l’action contemporaine, y compris par un ensemble d’annexes où l’on trouvera notamment le texte intégral du remarquable discours que Philippe Foussier prononça le 1er mai 2018 en s’adressant fermement, par une série d’apostrophes, au président de la République3. Au sein de ce parcours, on soulignera une belle évocation de la figure de Henri Caillavet, un bilan inquiétant des freins (pour ne pas dire plus) qui entravent délibérément la recherche scientifique depuis le début de ce siècle (on se souvient notamment des attaques contre le rapport Lengagne), et une analyse sans concession de la substitution dans de nombreux milieux de gauche et syndicaux de la question « raciale » à la question sociale comme grille de lecture des rapports humains.

La tâche est donc urgente de « relever la république ». Elle ne peut s’effectuer qu’en reprenant sa source à un humanisme qui est plus que jamais d’actualité et qu’il s’agit de porter aux dimensions des défis contemporains. Elle est à l’agenda de l’ensemble des citoyens qui, sans nécessairement se donner explicitement l’horizon de l’utopie maçonnique réflexive d’une « république universelle », en partagent néanmoins le principe universaliste émancipateur.

Notes

1 – GODF en abrégé désormais.

2 – Version de 1738 du Discours de Ramsay citée dans Gérard Gayot, La Franc-maçonnerie française. Textes et pratiques – XVIIIe-XIXe siècles, Paris : Julliard, 1980.

3 – Voir l’article sur Mezetulle

Philippe Foussier, Combats maçonniques, Paris : Conform Edition, 2018.

© Catherine Kintzler, Mezetulle, 2018.

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Cette entrée a été publiée par Catherine Kintzler le 30 décembre 2018 dans Diaporama, Politique, société, actualité, Recensions, Revue et indexée avec franc-maçonnerie, humanités, recensions, république.
Pour citer cet article
URL : http://www.mezetulle.fr/combats-maconniques-de-philippe-foussier-lu-par-c-kintzler/

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Les combats de Philippe Foussier

Combats maconniques

ARTICLE DU SITE HIRAM.BE

L’ancien Grand-Maître du Grand Orient de France Philippe Foussier (2017-2018), vient de sortir dans la collection Pollen maçonnique de Conform Edition un petit livre de 180 pages titré Combats maçonniques.

La  franc-maçonnerie est un sport de combats, dit-il dès la première ligne de son avant-propos. Ces combats ont tous pour caractéristique de viser l’émancipation de l’Homme, de lui permettre de ne pas être enfermé dans l’Histoire, dans les déterminismes et les héritages, qu’ils soient individuels ou collectifs. Ils concourent à un objectif, une ambition, une utopie. Cette utopie commune aux francs-maçons, fils et filles de la lumière qui sont aussi fils et filles des Lumières, c’est la République universelle. 

Ce sont en fait ses combats, ceux pour l’avénement de cette « République universelle » et de son universalisme que Philippe Foussier expose dans ce livre où l’on en apprend d’ailleurs beaucoup sur l’auteur et son cheminement, de ses premiers engagements à aujourd’hui : (…) Même si notre Obédience incarne beaucoup de principes qui me sont chers dans le monde profane, je souhaite trouver en loge un espace non pas qui me conforte ou me persuade de mes choix effectués comme citoyen mais qui permette au contraire de m’ouvrir de nouveaux horizons, de me placer dans l’inconfort, précisément, qui m’aide à affiner ma manière de concevoir le monde et la société (…), dit-il par exemple dans le chapitre consacré au « sens de l’engagement ».

Le livre s’articule en trois parties. La première, « Les combats en loge », situe le Frère dans sa loge, et la loge dans l’obédience : le combat individuel, et le combat collectif. Elle se termine, et ce n’est pas par hasard, par un chapitre intitulé Ramsay et la République universelle :  (…) Le Grand Orient de France, dans son mode de fonctionnement (de 1773) préfigure ce que pourrait être le mode d’organisation politique du pays, et que Montesquieu a théorisé notamment dans L’esprit des lois, paru en 1748. Il est en quelque sorte une République « miniature », certes imparfaite. Mais il vient faire écho dans son modèle à cette République universelle décrite par Ramsay en 1738. Cette République rassemble des Hommes de bonne volonté autour de principes communs. Ils ne sont pas réunis en fonction de leurs héritages de leurs origines mais en raison du projet qu’ils nourrissent ensemble. (…)

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ESSAI SUR LA LAÏCITÉ - Condition de possibilité de l'émancipation


 

ESSAI SUR LA LAÏCITÉ - Condition de possibilité de l'émancipation
de Laurent Maronneau - Préface de Franck Fischbach

ISBN : 978-2-343-15879-2 • 3 octobre 2018 • 254 pages 
EAN13 : 9782343158792
EAN PDF : 9782140101700

« La laïcité n'est pas « une pensée de répression » (Marx), mais une « pensée de résistance » (idem), et donc de liberté : elle est une arme qui permet de résister aux dispositifs et aux pratiques qui font de la société soit l'espace d'une exclusion réciproque des individus entre eux, soit le lieu d'une simple coexistence d'individus qui ne font que se tolérer les uns les autres, et qui par là empêchent que la société soit un lieu de coopération entre des individus (...) » (Frank Fischbach)

Laurent Maronneau est docteur en philosophie et a consacré son travail de thèse au concept de laïcité en tant qu'elle est condition de possibilité de l'émancipation.

MIROIR DES HUMANISTES

Les Belles Lettres

Collection MIROIR DES HUMANISTES dirigée par Jean-Christophe Saladin.

Philosophie, politique, rhétorique, médecine, ou encore linguistique, cette collection propose au lecteur des textes fondateurs de l'humanisme, injustement tombés dans l’oubli, ainsi que des biographies et des essais éclairant différents aspects de ce mouvement culturel sans précédent dans l’histoire occidentale.

L’emblème de la collection, les besicles ornant l’Augenspiegel de Jean Reuchlin, rappelle que de nombreux humanistes, outre leur goût pour l’érudition et l’élégance du style, s’engagèrent, non sans risques, dans les combats d’idées de leur siècle.

Les textes sont proposés en édition bilingue latin-français ou en traduction seule.

Humanisme et Lumières

Nous vous recommandons cet excellent site HUMANISME ET LUMIERES dont le fondateur est membre de notre site LES AMIS PHILOSOPHES.

Le but des auteurs s'exprimant sur le Site « Humanisme et Lumières » est de travailler à une prise de conscience de valeurs universelles, communes à tous les hommes et susceptibles de les rassembler. « Humanisme et Lumières » a donc pour objet la diffusion de réflexions sur une morale civique, susceptible de constituer la pensée humaniste d'aujourd'hui, ouverte sur l'avenir et à l'universel ; et dans cet esprit les textes présentés ici s'efforcent d'éclairer les problématiques sociétales posées par notre époque et pour l'avenir, aux niveaux national, européen et mondial.

Le respect de la liberté absolue de conscience, excluant tout dogmatisme en matière de conceptions métaphysiques, fondement de la laïcité dans la société, est le principe de base commun à tous les auteurs s'exprimant sur ce site.

Il convient de préciser que la liberté absolue de conscience laisse à chacun le droit de cultiver ses propres références métaphysiques, de pratiquer telle religion de son choix ou de n'en pratiquer aucune, qu'elle reconnaît la liberté de croire en Dieu et en l'immortalité de l'âme, aussi bien que le droit de nier l'existence de dieu et de prétendre que l'âme se détériore en même temps que le corps pour s'éteindre avec la mort... Autrement dit tout être humain a le droit d'être athée ou agnostique, autant que d'avoir et de pratiquer une religion.

Le respect de la liberté absolue de conscience laisse donc à chacun le choix de ses conceptions métaphysiques. Mais en contrepartie, il exclut l'intolérance, il oblige chacun à reconnaître cette liberté aux autres et par conséquent à ne jamais chercher à imposer ses propres conceptions des choses et de la vie, ni les symboles qui les caractérisent.

Ce principe conduit aussi à l'acceptation du débat sur les différentes façons de concevoir des réponses aux grandes questions métaphysiques, sans jamais en faire une question personnelle ; le débat ne devant en aucun cas mettre en cause l'individu et sa liberté, il ne peut porter que sur les arguments philosophiques, culturels ou autres, de nature à expliquer ou justifier, les différentes conceptions métaphysiques confrontées.

Le principe de laïcité étant admis, comment envisager pour le 21e siècle un humanisme fédérateur et une nouvelle ère des Lumières ?

2 sortes

2 sortes
❏ rituel : il n’y a que 2 sortes de rituel, le parfait et le ridicule.
❏ tenue : il n’y a que 2 sortes de tenues, la pièce de théâtre et la cour d’école
❏ colonne d’harmonie : il n’y a que 2 sortes de musique, la voix du rituel ou celle de
la Fnac
❏ VM : il n’y a que 2 sortes de VM, celui qui façonne le rituel à l’image de sa Loge et
celui qui fait l’inverse.
❏ cordonnite : il n’y a que 2 sortes de cordonnite, celle des autres qu’on dénonce et
celle des autres qui nous laisse indifférent.
❏ planche : il n’y a que 2 sortes de planches, celle trop longue et celle beaucoup
trop longue.
❏ apprentis : il n’y a que 2 sortes d’apprentis , les silencieux et les muets.
❏ fraternité : il n’y a que 2 sortes de fraternité , celle qui colle et celle qui soude.
❏ Franc-maçonnerie : il n’y a que 2 sortes de Franc-maçonnerie, celle dont la vérité
est partout et celle dont la vérité est nulle part.
❏ secret : il n’y a que 2 sortes de secret maçonnique, le fils de la vanité et le père
de l’élégance.
❏ Obédience : il n’y a que 2 sortes d’Obédiences , les grosses qui se disent
fondatrices et les petites qui se disent authentiques.
❏ agapes : il n’y a que 2 sortes d’agapes, celles où les assiettes sont en carton et
celles où le Trésorier est en vacances.
❏ cotisation : il n’y a que 2 sortes de système de cotisation, celui où l’Obédience
est visiblement gagnante et celui où cela ne se voit pas.
❏ élections du collège, il n’y a que 2 sortes d’élections, celles où on s’engueulent et
celles où on s’ennuient.
❏ frères, il n’y a que 2 sortes de frères, ceux qui sourient à ce texte et les
autres.

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