Les combats de Philippe Foussier

  • Par mthe
  • Le 20/11/2018
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Combats maconniques

ARTICLE DU SITE HIRAM.BE

L’ancien Grand-Maître du Grand Orient de France Philippe Foussier (2017-2018), vient de sortir dans la collection Pollen maçonnique de Conform Edition un petit livre de 180 pages titré Combats maçonniques.

La  franc-maçonnerie est un sport de combats, dit-il dès la première ligne de son avant-propos. Ces combats ont tous pour caractéristique de viser l’émancipation de l’Homme, de lui permettre de ne pas être enfermé dans l’Histoire, dans les déterminismes et les héritages, qu’ils soient individuels ou collectifs. Ils concourent à un objectif, une ambition, une utopie. Cette utopie commune aux francs-maçons, fils et filles de la lumière qui sont aussi fils et filles des Lumières, c’est la République universelle. 

Ce sont en fait ses combats, ceux pour l’avénement de cette « République universelle » et de son universalisme que Philippe Foussier expose dans ce livre où l’on en apprend d’ailleurs beaucoup sur l’auteur et son cheminement, de ses premiers engagements à aujourd’hui : (…) Même si notre Obédience incarne beaucoup de principes qui me sont chers dans le monde profane, je souhaite trouver en loge un espace non pas qui me conforte ou me persuade de mes choix effectués comme citoyen mais qui permette au contraire de m’ouvrir de nouveaux horizons, de me placer dans l’inconfort, précisément, qui m’aide à affiner ma manière de concevoir le monde et la société (…), dit-il par exemple dans le chapitre consacré au « sens de l’engagement ».

Le livre s’articule en trois parties. La première, « Les combats en loge », situe le Frère dans sa loge, et la loge dans l’obédience : le combat individuel, et le combat collectif. Elle se termine, et ce n’est pas par hasard, par un chapitre intitulé Ramsay et la République universelle :  (…) Le Grand Orient de France, dans son mode de fonctionnement (de 1773) préfigure ce que pourrait être le mode d’organisation politique du pays, et que Montesquieu a théorisé notamment dans L’esprit des lois, paru en 1748. Il est en quelque sorte une République « miniature », certes imparfaite. Mais il vient faire écho dans son modèle à cette République universelle décrite par Ramsay en 1738. Cette République rassemble des Hommes de bonne volonté autour de principes communs. Ils ne sont pas réunis en fonction de leurs héritages de leurs origines mais en raison du projet qu’ils nourrissent ensemble. (…)

La seconde partie est titrée « Les combats dans la cité ». Six chapitres : Le sens de l’engagement, où il prend, entre autres, Henri Caillavet pour modèle : (…) Henry fut exemplaire dans le combat, car toute sa vie, inlassablement, il a défendu un idéal, celui de l’émancipation, celui de la dignité humaine, celui de la laïcité, celui de la République. Exemplaire aussi comme éclaireur. Sur tant de sujets, Henri Caillavet a été en avance sur son temps. En ce sens, il aura été un franc-maçon qui montre la voie : celle d’éclairer la société, de voir loin et de faire en sorte que les évolutions humaines se fassent à l’aune de nos principes alors que si souvent nous sommes dans la réaction, dans le commentaire, et non dans la préfiguration et l’anticipation. (…) La laïcité, outil d’émancipation, où il cite en introduction Catherine Kintzler : Le problème de la République française, ce n’est pas qu’elle est désarmée, c’est que les politiques ne se saisissent pas des armes et qu’ils manquent de volonté parce que trop souvent ils s’inclinent devant les demandes communautaristes, et qu’il conclut ainsi : Si on devait résumer les enjeux consubstantiels à la laïcité, on pourrait le faire ainsi : humanisme, car la loi des hommes doit prévaloir sur la loi divine ; universalisme, c’est-à-dire garantie des mêmes droits pour tous, quels que soient nos différences. ; La lente déconstruction de la citoyenneté républicaine : (…) Si le sentiment d’appartenance à une même nation a connu depuis quelques décennies un recul impressionnant, cela ne relève pas seulement de la progression des revendications religieuses ou ethniques. Ces dernières se sont, bien plutôt, adossées à une longue série de dispositions, de positions, de préconisations et d’évolutions qui ont accompagné la lente déconstruction de la citoyenneté républicaine (…) l’enjeu des prochaines années sera bel et bien de déterminer si notre société est toujours attachée à l’universalisme ou si elle continue à s’orienter vers un modèle différentialiste mettant en valeur des « communautés » et des « minorités » (…) ; La raison et la science face aux obscurantisme ; L’Europe des francs-maçons ; et Relever la République : (…) Entre le fanatisme religieux qui s’avance sans entraves et l’extrême droite conquérante qui progresse à chaque échéance électorale, deux phénomènes qui se nourrissent d’ailleurs l’un l’autre et qui sont les deux faces d’une même pièce qui a pour ennemi irréductible l’héritage des Lumières, il nous appartient plus que jamais, francs-maçons, de mettre nos actes en accord avec nos principes, avec nos engagements, avec l’enseignement de nos rituels, avec notre serment tout simplement. (…)

Et la dernière partie du livre, appelée sa conclusion, est titrée « La République universelle, d’hier à demain » : (…) J’ai tenté à travers ce livre d’identifier quelques combats prioritaires à mener dans la Cité. Parce que je les estime reliés à ce qu’incarne profondément l’idée et l’utopie maçonniques et en particulier celle du Grand Orient de France, ils sont à mon sens inséparable de la démarche individuelle que, comme franc-maçon, j’accomplis sur moi-même depuis mon initiation. Celle-ci m’a appris à reformuler les questions imposées par le monde profane pour tenter d’y apporter des réponses qui fassent fi, autant que faire se peut, des réflexes et des postures confortables. Ce combat-là, comme les autres, n’est pas terminé et peut-être serai-je amené à réviser mon jugement ou mon analyse à la lumière de l’expérience ou de la réflexion. Oui, la démarche maçonnique est bien un sport de combats, tendu vers l’émancipation individuelle et collective au service d’une utopie, la République universelle. (…) Si, depuis l’instauration de la République, après les grandes conquêtes républicaines, laïques, démocratiques et sociales des IIIe et IVe du nom, la Franc-maçonnerie a parfois donné le sentiment d’un relatif assouplissement ces dernières décennies, l’heure est plus que jamais au réveil, à la reprise du combat. Car ce que nous pensions édifié pour des siècles connaît depuis quelque temps, dans notre pays même, un effritement préoccupant. (…)

En résumé un livre « engagé » et volontaire, dont on ne peut que recommander la lecture à tous ceux qui comme Philippe Foussier n’aspirent pas au repos et pensent que le franc-maçon est aussi un homme, ou une femme, qui doit s’engager à continuer, au dehors du Temple, l’œuvre maçonnique.

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Combats maçonniques, de Philippe Foussier. chez Conform Edition. Collection Pollen Maçonnique ISBN : 978-2374452104

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